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L'histoire de Laetitia
29 Septembre 1971 - 19 Novembre 2002

Rien ne nous prépare à survivre à un être cher, encore moins sa soeur,
sa fille, c’est la plus grande blessure sur cette terre. Elle nous laisse si seul, si désemparé, que faire? Pleurer? C’est pleurer sur soi, sur sa propre mort; même si nous nous sentons coupable d’être encore en vie il faut continuer le chemin. Pour elle, grâce à elle nous vivons le présent parce qu’il nous permet de nous souvenir, nous voudrions tellement que tous se souviennent et dans leur cœur et dans leur esprit.
 
Cet évènement est donc très important pour deux raisons. Continuer à la faire vivre, faire connaître son travail, son histoire, répondre à sa préoccupation essentielle: cultiver et faire accepter la différence, travailler sur la mémoire, et montrer ce qu’il reste d’elle après….

Puis surtout aider tous ceux qui subissent cette maladie, qui sont démunis, angoissés, ne savent pas vers quel médecin se diriger. Le Sarcome touche les enfants et les jeunes adultes, ceux sans doute qui ont le moins travaillé sur le concept de la mort car faute de temps.

A ce propos voici ce que Laetitia écrit après plusieurs consultations
et avis divergeants:  « Ce matin j’ai trié, puis revécu tous ces voyages vers les différents hôpitaux pour trouver une issue à ma maladie... une issue au diagnostic... sans issue d’ailleurs. C’est dingue de se replonger de nouveau dans cette folie, de réentendre les discours des médecins, le diagnostic qui tombe en quelques minutes... Pas le temps de s’épancher... on ose à peine poser les questions tellement on a peur des réponses... Quand face à eux j’écoute, terrorisée, haletante, tremblante, les mots, les phrases qui annoncent un avenir toujours incertain. Le pouvoir de vie ou de mort est en face, notre vie ne nous appartient plus... notre mort non plus. Ceux sont les autres qui en décideront. Je comprends, j’accepte mais je condamne leurs violentes maladresses qui brisent le corps et le cœur de celui qui leur fait face. »

Peut être que si elle avait connu l’association SARCOMA ALLIANCE son désarroi aurait pu être apaisé, ses grands moments de solitude un peu comblés. La jeune femme qui a créé cette association semble avoir eu le même parcours que Laetitia. En récoltant des fonds à travers cette exposition nous souhaitons participer à l’information des malades, qu’ils trouvent aide, réconfort, soutien dont ils ont tant besoin. Puis aussi surtout continuer de faire vivre leur mémoire à toutes les deux, que leur souffrance respective serve encore, encore et encore...
 
Laetitia était une jeune femme très volontaire, très à l’écoute des autres, un immense talent d’écoute, chacun pouvant croire qu’il était la personne la plus importante de sa vie. Elle avait une manière incomparable d’emplir ses yeux de larmes devant la souffrance. Très tôt elle a eu un sens aigu de la justice, se souciant toujours de celui qui souffre, qui est seul, faisant toujours passer les problèmes d’autrui avant les siens.
 
Lorsque nous pensons à elle les larmes nous montent aux yeux mais parfois elles sont douces parce nous sommes remplis de sa vie, pleins de toutes ses joies partagées avec elle, pleins de sa force, de son courage. Courage d’affronter la vérité si cruelle pourtant, supportant  quand il fallait, se réjouissant dès qu’elle le pouvait. Elle n’hésitait pas sortant de chimiothérapie ou même bien fatiguée à aller dîner au restaurant pour faire plaisir à sa famille ou ses amis.

Elle avait un tel amour de la vie pour lui pardonner de n’être ni immortelle, ni invincible. Nous avons vécu auprès d’elle des années de bonheur, le bonheur peut être très court mais aussi très plein, nos cœurs sont liés à tout jamais, peu d’entre nous aurons la chance de rencontrer quelqu’un qui leur montre aussi bien le chemin.
 
Dès ses premiers pas son pied semblait la gêner, il l’a toujours gênée l’empêchant de faire du sport normalement, la moindre réception, un petit choc déclenchaient de violentes douleurs.  
 
Les médecins spécialistes locaux n’ont jamais rien décelé, plusieurs traitements essayés sans succès, les ultra sons ayant même entraîné de fortes brûlures. Opérée une premier fois (canal carpien) elle n’a pas été soulagée. Au contraire. Après plusieurs mois son pied s’est mis à gonfler. Notre médecin généraliste à ordonné Scanner puis IRM. Aux vues des résultats une biopsie a été effectuée et là le diagnostic est tombé. Heureusement dirigée vers une très bonne équipe sur Paris, une excellente chirurgie conservatrice a été pratiquée, associée à plusieurs cures de radiothérapie et chimiothérapie.
 
Un mois après l’arrêt des traitements elle repartait vers sa vie, reprenait ses études assurant en même temps un petit travail. Elle a vécu cette période totalement, profitant de tous les instants, de toutes les rencontres. Affrontant les contrôles (SCANNER IRM) et consultations tous les trois puis six mois gardant le sourire, l’espoir, croyant à nouveau en l’avenir, à la guérison. Elle a découvert la photographie, a décidé d’en faire son activité principale et s’est inscrite à ETPA. Cette période a été la plus heureuse de sa vie, jamais elle n’avait été si épanouie, indépendante, libre, enfin elle trouvait sa voie.
 
Hélas la récidive a stoppé cet élan. Une fois de plus la maladie est plus forte. Elle doit faire face à une nouvelle équipe soignante. A nouveau, chirurgie et plusieurs séances de chimiothérapies. Hélas cette fois sans succès.
 
Tout au long de sa maladie malgré la dureté des traitements elle a continué de faire des photos, essayant de donner un sens à ce quelle vivait, voulant témoigner, vivant ce présent qui pourtant maltraitait son corps, supportant avec dignité la légèreté et l’insouciance des autres, la photographie lui permettant de s’échapper, de savourer ces moments de répits devenus si rares.
 
Voici ce qu’elle écrit en Février 2002:
«Quand on se sent fragile, on a besoin de se sentir comme dans une bulle... en protection... et cette bulle peut être n’importe quoi du moment qu’elle nous enveloppe et nous donne du plaisir... Ce plaisir et cette enveloppe outre les personnes qui m’entourent et que j’aime ce sont des lieux... lieux que j’ai choisi ou qui m’ont été imposés par la situation que j’étais en train de vivre, intérieur de douceur et de quotidien, j’ai voulu les fixer en image. Je veux absolument témoigner de cet antre de douleur ou chacun se voit dans le regard de l’autre. De l’histoire de la reconstruction des êtres, de la guerre intime que l’on se livre à soi-même.»
  
La mort est le seul examen que personne ne ratera jamais, qui peut parler de son propre courage quand il faudra mourir?
 
Elle est partie le 19 Novembre aussi élégamment qu’elle a vécu laissant à eux mêmes ceux qu’elle aimait.


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Donner à l'association Sarcoma Alliance. Sarcoma Alliance est une 501C(3) organisation à but non lucratif basée aux Etats Unis en Californie. Cette association unique au monde aide les malades du Sarcome dans le monde entier afin qu'ils puissent recevoir les meilleurs informations et traitements disponibles.
US Tax ID # 68-0443045.

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